C'est l'un des enseignements du colloque Médecine et chimie dans l'Antiquité, organisé la semaine dernière au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), situé sous la cour du musée du Louvre, à Paris. Objectif : montrer qu'en travaillant ensemble, chimistes et spécialistes des textes anciens peuvent déchiffrer les secrets de la médecine antique.
Les fards égyptiens en fournissent une bonne illustration. Le C2RMF a réalisé des analyses physico-chimiques sur les résidus trouvés dans les flacons conservés au Louvre. Celles-ci ont mis en évidence 4 composés chimiques principaux, tous à base de plomb : la galène, la cérusite, la laurionite et la phosgénite, qui permettent, selon leurs dosages respectifs, d'obtenir toute la gamme des gris, du blanc pur (cérusite pur) au noir (galène).
« Mais ce mélange a aussi une justification thérapeutique : la laurionite, qui est un sel de plomb, est le seul de ses composés qui soit soluble dans l'eau (donc dans les larmes), explique Philippe Walter, directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire du C2RMF. Or on a pu montrer que, comme les ions calcium, les ions plomb, à faible dose, stimulent le système immunitaire, protégeant ainsi l'oeil des infections fréquentes dans la vallée du Nil, surtout en période de crue. »
mardi 12 juillet 2011
Comment l'Egypte ancienne a inventé l'ophtalmologie
mercredi 26 mai 2010
La forme du coeur
Enfin une explication rationnelle de la forme du cœur. Pas celle de l’organe mais celle du symbole de l’amour, celle que les filles aiment en bijou, les garçons en gâteau et qui ne ressemble que très vaguement à une illustration anatomique.
Symbole de l'amour : la graine de silphium sur une pièce d'argent de 700 av JC
Une des représentations les plus anciennes de ce symbole figure sur les pièces en argent de Cyrène datant de 700 av JC et représente des graines de silphium. Cette plante de la famille de la férule aujourd’hui disparue ne poussait que dans cette région de la Libye actuelle et était l’un de ses principaux produits, cité dans plusieurs textes anciens. Certains historiens vont jusqu’à penser que cette plante a justifié à elle seule la colonisation et la fondation de Cyrène par les Grecs.
Et à quoi donc servait cette plante si recherchée ? A beaucoup de choses assez habituelles pour des plantes “médicinales”, mais surtout au contrôle des naissances. Ses vertus contraceptives étaient reconnues dans tout le monde antique et semblent bien avoir été réelles puisque dès la domination romaine sur Cyrène en 96 av JC, la natalité de la Rome antique pourtant à son apogée a baissé. A cette époque le médecin Soranus écrivit :
“les femmes doivent boire le jus de silphium avec de l’eau une fois par mois car il empêche non seulement la conception, mais détruit aussi tout ce qui existe.”
Récemment, des parents de la silphium ont été soumis à des tests de laboratoire. Asafoetida a réduit d’environ 50% la fécondité des rats et Jaeschikaena Ferula a été efficace à près de 100% lorsqu’administrée dans les trois jours suivant la copulation.
Symbole de l'Amour s'il n'y avait pas eu la silphium ...
Durant le premier siècle av JC, la silphium était un produit très recherché, mais les tentatives de la cultiver ou la replanter ailleurs qu’en Cyrénaïque ont échoué. Selon Pline, les derniers plants de silphium ont été offerts à l’empereur Néron, donc vers l’an 60 de notre ère. Il n’est pas certain que la surexploitation soit la cause unique de la disparition de silphium, mais les fabricants de pilules contraceptives peuvent remercier les Romains de ne pas nous en avoir laissé quelques graines bien au sec…
Références
- Pline l’Ancien ” Histoire naturelle Livre XIX, 15“
- The Cyrenaica Archaeological Project
- Alan Bellows “The Birth Control of Yesteryear“, 2007, damninteresting.com